PerspectivesPoint de vue · N° 01, Été 2026

L'entreprise comme faculté : repenser qui enseigne.

Les personnes qui pratiquent un métier au plus haut niveau détiennent un savoir que nul programme ne peut remplacer. La question n'est pas de savoir si les entreprises ont leur place dans la formation, elle est de savoir comment en faire de véritables enseignantes.

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I, Le monopole finissant

Pendant deux siècles, enseigner un métier a été le monopole d'une figure : le professeur, dans une salle, avec un programme. Ce modèle a produit des choses admirables. Mais il repose sur une hypothèse qui ne tient plus : que le savoir professionnel se stabilise assez longtemps pour être extrait du terrain, mis en manuel, et transmis à distance du monde qui l'a produit.

Dans les métiers qui évoluent vite, le savoir le plus précieux n'a pas encore eu le temps d'entrer dans les manuels. Il vit dans les organisations : dans les décisions prises la semaine dernière, les erreurs de l'an passé, les méthodes qu'une équipe vient d'inventer parce que rien d'existant ne fonctionnait. Ce savoir appartient aux praticiens. Il se transmet dans les entreprises.

II, Ce que seuls les praticiens enseignent

Un dirigeant qui raconte une décision difficile n'illustre pas un cours de management : il enseigne quelque chose que le cours ne peut pas contenir, le poids de l'incertitude, la part d'inconfort, ce qu'on sait et ce qu'on ignore au moment de trancher. Un fondateur qui explique un échec enseigne la différence entre une stratégie sur slide et une stratégie dans le réel. Une équipe qui ouvre ses portes enseigne ce qu'aucune description de poste ne dit : comment le travail se fait vraiment.

Notre Faculty réunit des entrepreneurs, cadres, experts, chercheurs et consultants. Notre pédagogie mobilise aussi les organisations comme lieux et comme voix de la formation. Certaines choses ne s'apprennent nulle part ailleurs.

Nous ne demandons pas aux entreprises de soutenir l'éducation. Nous leur demandons d'enseigner.
III, Enseigner n'est pas témoigner

Il faut pourtant le dire nettement : faire entrer l'entreprise dans la formation ne consiste pas à multiplier les témoignages. Une visite sans préparation produit une impression ; une intervention sans cadre produit une anecdote. L'écart entre un moment intéressant et un moment d'apprentissage tient à l'ingénierie qui l'entoure.

Trois conditions transforment une rencontre en enseignement. La préparation : le groupe arrive avec des questions construites, des hypothèses à vérifier, un cadre d'analyse. L'articulation : la rencontre s'insère dans une progression, elle éclaire ce qui précède et nourrit ce qui suit. La restitution : ce qui a été observé est formulé, confronté, transformé en conclusions que chacun emporte. C'est ce travail de conception qui fait notre métier, et qui fait la différence entre une entreprise visitée et une entreprise qui enseigne.

IV, Ce que l'entreprise y gagne

Reste une question légitime : pourquoi une organisation consacrerait elle du temps à enseigner ? L'expérience donne des réponses constantes. Expliquer son métier à un regard extérieur oblige à le repenser. Les questions d'un groupe en formation sont souvent plus dérangeantes que celles d'un consultant. Les organisations qui enseignent rencontrent aussi celles et ceux qui feront le métier demain. Une institution de formation sérieuse donne à ce temps investi une vraie valeur pédagogique.

L'université a inventé la faculté pour rassembler celles et ceux qui détiennent le savoir. Le savoir professionnel du XXIᵉ siècle a simplement changé d'adresse. La faculté doit le suivre.